A propos du Master Culture et communication, parcours Gestion de l’archivage (GDA)

Entretien avec Mme Christine Martinez, Mme Pauline Lemaigre-Gaffier et M. Pierre Chastang pour l’ADEDA 78, le 23 novembre 2015 aux Archives Départementales des Yvelines.

Présentation :

Pierre Chastang

Après des études de philosophie et d’histoire au lycée Henri IV et à Paris I, Pierre Chastang a été reçu, en 1992, à l’Agrégation externe d’Histoire. Il a soutenu en 2000 une thèse de doctorat nouveau régime consacrée à la rédaction des cartulaires bas-languedociens. Ce travail a paru en 2002 au CTHS sous le titre Lire, écrire, transcrire. Le travail des rédacteurs de cartulaires en Bas-Languedoc (XIe-XIIIe siècle). Ses recherches sont consacrées à la culture médiévale de l’écrit aux XIe-XIVe siècles. Il a également publié en 2013 un livre intitulé La ville, le gouvernement et l’écrit à Montpellier (XIIe-XIVe siècle). Essai d’histoire sociale. Après avoir été maître de conférences à l’UVSQ de 2001 à 2012, il est désormais professeur d’Histoire du Moyen Âge.

Pauline Lemaigre-Gaffier

Ancienne élève de l’École Normale Supérieure (2000-2005), agrégée d’histoire (2003) et ancienne boursière de la Fondation Thiers (2009-2010), Pauline Lemaigre-Gaffier est docteur de l’Université Paris 1, où elle a enseigné comme allocataire-monitrice puis comme ATER. Soutenue en 2011, sa thèse consacrée à l’administration des Menus Plaisirs du Roi au XVIIIe siècle a reçu en 2012 le Prix Benabou décerné par la Chancellerie des Universités de Paris. Ses travaux visent notamment à l’exploration des corpus matériels (écrits et objets) produits par les institutions curiales, afin d’éclairer les processus de fabrication du cérémonial, de construction administrative de l’État et d’articulation du service du roi et du public. Elle est directrice du Master Gestion des Archives depuis septembre 2015.

Christine Martinez

Conservateur général du Patrimoine, ancienne élève de l’Ecole nationale des Chartes, Christine Martinez est actuellement et depuis 2013 directrice des Archives, du Patrimoine, de l’Archéologie et de la Culture du Département des Yvelines.  Elle a exercé la première partie de sa carrière aux Archives du ministère des Affaires étrangères, avant d’être responsable des relations internationales à la direction des Archives de France, puis secrétaire générale adjointe du Conseil international des Archives, en charge du Programme professionnel. Engagée dans la vie associative, elle a géré pendant 6 ans  le centre de formation de l’Association des Archivistes français, dont elle a assuré la présidence de 2007 à 2010. Elle est actuellement présidente d’archivistes sans frontières – France, qu’elle a co-fondée en 2005.

Question : Pour quelles raisons avez-vous choisi de vous investir dans le master Gestion des Archives de l’Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines ?

Pierre Chastang : Mon investissement est lié à deux choses : en histoire médiévale, je travaille sur l’histoire de l’écrit et l’histoire de l’archivistique. Il était assez naturel qu’à un moment ou un autre, je m’investisse dans le master de Saint-Quentin, qui existait déjà lors de mon élection à l’université. Sollicité dans un premier temps pour des matières techniques (paléographie et diplomatique médiévale et moderne), j’ai ensuite assisté l’ancien directeur qui souhaitait se faire aider à la direction de la formation et par la suite passer la main. Je souhaitais participer à la gestion et réfléchir à l’orientation pédagogique et professionnelle de la formation. J’ai donc accepté d’en prendre la direction.

Pauline Lemaigre-Gaffier : Cela s’est passé un peu dans les mêmes conditions pour moi. Dans le cadre de ma thèse de doctorat, j’ai été amenée à m’intéresser à l’histoire des rationalités pratiques, de la production documentaire. C’est devenu un enjeu important de mon travail sur l’administration de la maison du roi à l’époque des Lumières. C’est un champ de recherche que j’ai envie de continuer à privilégier, et quand j’ai candidaté pour être élue maître de conférences à Saint-Quentin-en-Yvelines, la présence de ce master faisait partie de mes motivations. Pour moi, ça ne s’oppose pas au fait d’être investie en master recherche, puisque nous sommes attachés à la formation par la recherche. J’y vois donc un prolongement assez naturel à la fois de mes préoccupations intellectuelles et de mon souci de voir les étudiants trouver un emploi. J’ai donc accepté de prendre la direction du master. Nous sommes de toute façon très attachés à sa dimension collégiale. Pour les étudiants, il est formateur de voir qu’on peut avoir des avis différents, et en même temps cohérents. Pour nous, c’est une garantie de leur offrir une pluralité de visions et d’idées. Il est intéressant de voir qu’on peut venir d’horizons différents et s’intéresser aux archives. D’ailleurs on pourra peut-être par la suite accueillir dans la direction des collègues venant d’autres disciplines.

Christine Martinez : Je m’intéresse à la formation depuis le début de ma carrière. Dans mon premier poste, j’étais responsable de la formation en interne, j’organisais des stages, etc. J’ai parallèlement pris la responsabilité du centre de formation de l’AAF pendant 6 ans. Je connaissais le master dès sa création, en tant qu’intervenante et tutrice des étudiants. C’est un master qui m’a paru tout à fait intéressant, avec un challenge à relever : former des cadres opérationnels en un an. C’est donc un des éléments qui m’a fait candidater au poste de directrice des Archives Départementales. Je trouve qu’une dizaine d’années après sa création, il y avait matière à renouveler l’offre du Master. Nous avons commencé, dès mon arrivée, à travailler sur la refonte de la maquette, puis à l’améliorer tous les ans. Nous avons ainsi pu mettre en œuvre une nouvelle réflexion en refondant l’offre pédagogique et en proposant de nouveaux modes d’évaluation. C’est un vrai terrain d’expérimentation.

Question : Quelles sont les particularités du master Gestion des Archives ? Ses lignes de force ?

CM : La première ligne de force, c’est cette capacité à établir une vraie passerelle entre l’enseignement théorique et la formation pratique. Pas seulement par les stages, mais grâce à une vraie mise en situation professionnelle tout au long de l’année. On accompagne des personnes qui sont des collègues en puissance. Le deuxième avantage du master est l’aspect véritablement professionnel dans le sens où nous avons des professionnels qui interviennent et que nous pouvons tabler sur les meilleures expertises dans les domaines abordés.

Enfin, l’approche de la formation n’est pas juste sur le domaine d’expertise propre aux archivistes, mais aussi sur la capacité à travailler en équipe, à piloter un projet, … ce sont des approches sur la forme, pour mettre en musique la base des connaissances professionnelles.

PLG : Je pourrais revenir sur ce que je disais tout à l’heure : l’une des forces du master, c’est la formation par la recherche, qui ne consiste pas à retenir les étudiants en arrière, mais à leur donner un recul critique sur l’exercice de leur métier ; cela fait partie prenante de la capacité à agir en cadre, à monter des projets. Nous avons repensé les exercices et les modalités d’évaluation pour qu’elles soient cohérentes avec ces objectifs-là et avec le nouveau déroulement de la formation.

PC : Autre point, ce master fonctionne sur une collaboration universitaires/professionnels qui est assez particulière dans le paysage français des formations en archivistique. Le choix à Saint-Quentin-en-Yvelines n’a pas été d’embaucher un conservateur pour piloter la formation, mais de faire travailler ensemble universitaires et professionnels avec une équipe soudée. Cela permet d’avoir une réévaluation constante de la formation, puisqu’on confronte toujours nos points de vue, et de viser par conséquent l’excellence.

On n’a pas encore évoqué la qualité du réseau, étoffé, avec une équipe de trois partenaires professionnels, et qui comprend aussi les Archives nationales. Rosine Lheureux, conservateur en chef du patrimoine et chargée des partenariats scientifiques aux Archives nationales, participe à l’évaluation des travaux des étudiants.

Question : Quelle est votre vision de l’avenir du master ?

PLG : À court et moyen terme, le passage à une formule M1/M2 est un challenge pour nous. C’est intéressant car ça donne plus de force au fait d’avoir adapté l’année de M2 au cycle de vie des documents. On a d’autant plus de libertés pour suivre ce cycle qu’on a pu repousser au semestre 2 du M1 un certain nombre d’enseignements théoriques (cadres théoriques et règlementaires, initiation à la culture juridique et à la gestion de projet). Cela permet d’initier dès le S2 les étudiants à la logique de la gestion de projets, ce qui les arme encore plus pour être dans une logique de travail collectif au début du M2. Nous avons déjà toute cette mise en place à faire, ainsi qu’à prévoir les dispositifs pour une entrée directe en M2, qui reste possible

CM : C’est exact qu’il y a une vraie interpénétration des deux formations puisqu’on collabore étroitement avec Rémi Roque qui est en charge du M1. Pour le reste, on peut difficilement anticiper mais il faut qu’on se dote d’une structure souple pour nous permettre de nous adapter aux changements rapides du métier, du cadre universitaire et des profils des étudiants ; l’objectif est de faire en sorte que les étudiants soient en capacité de postuler sur toutes les offres. On essaie de les préparer vraiment à répondre au marché de l’emploi, par des jeux de rôle par exemple, et à avoir une vision assez réaliste de ce marché de l’emploi. On veut donc se donner les clés pour s’adapter.

PC : Sur la construction de la maquette, il faut savoir tenir un équilibre entre ce qu’on pense, de manière intellectuelle, être fondamental pour une bonne formation des étudiants, – et ne jamais transiger sur les fondamentaux ; et en même temps être très pragmatique et réorienter par touches la formation pour s’adapter aux situations nouvelles.

PLG : Un de nos souhaits serait de continuer à ouvrir le recrutement vers d’autres disciplines. On essaye de monter des partenariats avec nos collègues de la faculté de droit. Le lien entre archives et droit est tout à fait évident pour nous, et les étudiants en droit pourraient avoir envie de se réorienter vers un master professionnel tel que le nôtre.

CM : C’est casser un peu l’idée que pour être archiviste, il faut avoir fait de l’histoire. Ce n’est pas la voie royale, et ce n’est certainement pas la seule voie pour y parvenir.

PLG : De fait, la structure du M1/M2 a des contraintes, mais le premier semestre généraliste permet à la fois d’offrir une formation par l’histoire sans être une formation en histoire. Ça peut être un atout pour recruter plus largement.

Question : Puisque l’on parle du recrutement, quelles compétences et expériences recherchez-vous chez les candidats ?

CM : L’ouverture d’esprit, la capacité à s’adapter et à s’adapter socialement car la demande sociale des archives est importante… Ce n‘est pas être un bon technicien. La plupart des étudiants peuvent acquérir les compétences techniques comme les normes, l’encodage, etc. Il faut voir le profil de l’étudiant qu’on veut avoir à la sortie de la formation : nous voulons former des cadres, qui sont capables d’encadrer des équipes, qui sont dans le faire-faire et pas forcément dans le faire soi-même (même si c’est ce qu’on fait en début de carrière), ou qui sont capables d’initier et d’encadrer des projets, de réfléchir à des stratégies. Et ce qui est fondamental, c’est d’avoir une vision du métier, pour ensuite établir des stratégies, des plans d’action…

PLG : Il peut y avoir en effet des tas de parcours. Si l’étudiant est motivé, a fait plusieurs stages et en a retiré des compétences techniques et une vision critique, c’est parfait. Mais on peut avoir des candidats qui ont fait tout autre chose (de la recherche, ou un master dans un domaine connexe) et qui tout d’un coup ont un déclic et comprennent ce que sont les archives. Du coup, nous sommes assez ouverts sur les profils. Cela nécessite ensuite pour nous de bien penser le stage de fin d’année, de trouver un équilibre entre les projets parfois pointus des étudiants et un stage qui va garantir leur polyvalence.

PC : Nous avons quand même des exigences en termes de niveau de formation initiale. Il ne s’agit pas de privilégier les étudiants avec les meilleurs résultats, mais de s’assurer qu’ils n’aient pas de lacunes qui les empêchent de suivre la formation, car le travail est dense et les exercices compliqués.

CM : On peut être très surpris par l’évolution des étudiants durant la formation. Les profils atypiques se révèlent parfois les plus intéressants, ils ont une fraîcheur de regard sur le métier, ils ont cette capacité à envisager le métier différemment. Métier ne se réduit pas à la technique !

Question : Souhaitez-vous aborder d’autres sujets ?

PLG : Nous n’avons pas encore parlé de la manière dont on a repensé l’évaluation. Nous voulions vraiment sortir des logiques d’apprentissage par cœur. On a proposé quatre travaux : le mémoire de recherche repensé comme un développement critique et problématisé, en pensant ensemble les aspects archivistiques et scientifiques, avec une partie « livrables » ; la journée d’étude collective ; le rapport de stage pour lequel nous souhaitons évaluer la restitution critique du stage comme la professionnalisation de l’étudiant ; et en plus, un nouveau travail en petits groupes qui devront réaliser un audit dans une collectivité territoriale et livrer un rapport d’audit et une note de synthèse. Notre travail a consisté à mettre en cohérence les exercices et les évaluations avec les objectifs de la nouvelle maquette.

Je vous remercie pour vos réponses !

Propos recueillis par Alisée Rosa